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NVU Dreamweaver Frontpage


Dans le monde du Web et de l'Open Source, Daniel Clazman tient une place particulière. Il a été un acteur actif de Mozilla et l'est aujourd hui de Nvu. H pose un regard critique sur l'évolution actuelle du Web.

Programmez! : comment, aujourd'hui, un développeur web, doit-il choisir les langages, les technologies et les outils pour concevoir un site web, tout en respectant les contraintes imposées ?

Daniel Glazman : II n'y a que deux contraintes. Elles étaient déjà là en 1994 :

faire en sorte que tous les visiteurs trouvent ce qu'ils cherchent. Cela implique de prendre en compte l'accessibilité, la lisibilité, la qualité de navigation, l'indexation, etc. La qualité de l'interface utilisateur est un élément majeur, son implémentation "propre" pour être accessible aux mal-voyants et handicapés est cruciale.

Il faut aussi éviter à tout prix les solutions spécifiques à un navigateur donné, genre "ce site est optimisé pour tel navigateur". Faire en sorte que les évolutions et la maintenance du site soient aisées. Il faut utiliser les standards, éviter tout ce qui est propriétaire, et également tout ce qui est "hack" pour améliorer un site. Le "Best viewed by any browser" me semble la seule bonne approche. En la matière, je n'aime pas vraiment Flash. Flash est indispensable à certains, mais il n'est pas indexable, est difficile à maintenir et presque toujours inaccessible aux handicapés. Une plate-forme serveur Microsoft est une erreur en soi. Windows n'est pas assez stable, et les applications développées sous Windows non plus, pour assurer la stabilité nécessaire à des services sérieux. Bien entendu, d'autres auront une opinion totalement contraire... S'il y a des amateurs  du  reboot  nocturne chaque  nuit, toutes les nuits de l'année, en guise de Garbage Collecting, ce n'est pas mon cas.

Question : L'outil Nvu est un début de réponse face à des outils comme FrontPage, Contribute. Peut-il un jour véritablement concurrencer un poids- lourd comme Dreamweaver ? Quelle est la finalité de Nvu pour le développeur web ?

Réponse de DG : Le but n'est pas de concurrencer Dreamweaver. En tous cas, ce n'est pas le mien.

Mon but est de fournir aux usagers un bon éditeur Web, moderne, extensible, conforme aux standards, gratuit, dont le source est libre. Nvu concurrence déjà Dreamweaver. Vu le coût de la licence de Dreamweaver, le segment bas du marché, celui qui utilise 10% des fonctionnalités de Dreamweaver, passe facilement à Nvu. Mais Nvu commence également à grignoter le segment au-dessus, celui des industriels et des auteurs Web plus avancés, mais qui comparent fonctionnalités et coût, je ne dis pas que Nvu est au niveau de Dreamweaver, il faut comparer ce qui est comparable.

Question : On parle désormais de découpler les couches du site web en rendant le plus indépendant possible la présentation, du fonctionnel. Est-ce selon vous une bonne solution ? Quelles en sont les limites ?

Réponse DG : C'est le rêve inassouvi des experts du monde SGML et XML depuis vingt ans déjà, je viens également de ce monde-là, mais je suis assez partagé, je pense, par exemple, que les feuilles de styles remplacent difficilement les tableaux. Avant de crier au scandale sur cette opinion, je tiens à préciser que je travaille sur les feuilles de styles depuis 1989 avec le langage P de Vincent Quint, que je suis membre du CSS Working Group du W3C depuis 1997, que j'ai participé à l'élaboration des CSS2 et continue à travailler sur les CSS3.

Question : xHTML s'impose comme le successeur du HTML, et avec son couplage avec CSS, on dispose d'un modèle de programmation intéressant et flexible. Est-il temps d'abandonner HTML pour un langage moins permissif, plus structuré ?

Réponse DG : Non, pas du tout. Je pense que le W3C a raté le coche avec son activité actuelle autour de XHTML. XHTML 1.0 ne pose pas de problème mais le type MIME des données est un vrai souci. On ne peut plus utiliser text/html et text/xml est insuffisant. C'est un peu chaotique. On va y arriver, c'est juste du HTML4 à la sauce XML, il n'y a pas de rupture technologique. Au contraire, XHTML2 me semble une erreur stratégique grave, une rupture volontaire bien trop grande avec HTML4. Adoption du W3C qui risque d'ailleurs ne pas être trop facile puisque deux implémentations intéropérables indépendantes seront nécessaires. On aura peut-être deux outils implémentant XHTML2, mais à quoi cela servira-t-il si aucun NAVIGATEUR n'implémente XHTML2 ? Je suis très sceptique, et je pense que l'initiative du WHAT Working Group (http://www.whatwg.org/) est beaucoup plus intéressante car elle prend en compte l'existant HTML4 sans l'abandonner et elle a beaucoup plus de liens avec les usagers et les bugs des navigateurs eux-mêmes. Je sais que Microsoft est extrêmement sceptique quant à XHTML2, et c'est un signal d'alarme qui devrait suffire...

Question : Quels sont pour vous les remèdes, s'ils existent, pour rendre un site le plus générique possible malgré la diversité des navigateurs et des implémentations des standards plus ou moins rigoureuses ?

Réponse DG : Sachant que seuls les geeks codent eux-mêmes leur site, je pense que la réponse à cette question doit se voir sur deux tableaux : les geeks doivent se former aux standards. C'est facile de comprendre XML "en gros", mais c'est différent de le comprendre et de le maîtriser. Combien de geeks par exemple comprennent comment et pourquoi PHP est totalement en violation de HTML 4 et XML 1.0 ? On ne devient pas "conforme aux standards" en deux coups de cuiller à pot.


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